Interview avec Matthieu Martinelli : l’analyse du Paris St-Germain

Supporteur du Paris St-Germain, Matthieu est revenu sur la nouvelle version du club francilien. Espoir, incertitudes et fausses idées, ce décryptage donne l’occasion de mieux comprendre le PSG avant sa future confrontation.

Midou Foot : Une finale avant l’heure surtout quand on connait le contexte particulier : remontada, transferts de Neymar, Mbappé, Alvès, avance confortable en championnat et un Real au plus bas actuellement. N’y a-t-il pas trop de pression sur Paris ? Et comment cela influencera-t-il l’approche d’Unai Emery ?

Parler de finale avant l’heure est à mon sens très prématuré. Si le Real est incontestablement le maître de la compétition à l’heure actuelle, avec 3 victoires et 4 demi-finales sur les 7 dernières saisons, on ne peut pas dire autant pour le PSG qui a systématiquement raté chaque occasion de passer un palier dans la compétition. Et si, avec les arrivées de Neymar, Mbappé et Alves, le respect à l’égard du PSG est plus grand, il reste encore à concrétiser ce nouveau statut sur le terrain.

Sur le plan psychologique, la grande question sera de savoir ce qui pèse le plus : la confiance accumulée ces derniers mois par un PSG enchaînant les goleadas et s’apprêtant à affronter un Real en plein doute, ou bien l’expérience et la maîtrise des moments chauds de triples vainqueurs de la compétition face à une équipe s’étant souvent caractérisée par sa fragilité mentale quand les choses n’allaient pas dans son sens. En ce qui concerne l’approche du match, Unai Emery n’a de cesse de répéter depuis le tirage qu’il s’attend à affronter un Real au maximum de ses possibilités, et dès lors il n’y a évidemment aucun excès de confiance à attendre de la part du PSG : les choix d’hommes et de plans de jeu seront avant tout des choix techniques.

Midou Foot : Face au Bayern, on a vu un Paris excellent en jeu de transition. Connaissant la vélocité des attaquants madrilènes, ne verra-t-on pas deux équipes patientes et prudentes en attendant d’avoir un peu d’espace ? Ou l’une des équipes tentera-t-elle d’imposer un jeu de position ?

Plusieurs arguments plaident en effet pour une version prudente du Real. D’abord, la nécessité de ne pas laisser Mbappé et Neymar attaquer dans de grands espaces, là où ils sont virtuellement inarrêtables, et ce alors que la transition défensive madrilène a régulièrement été exposée ces dernières semaines. Ne pas encaisser de buts à domicile dans le contexte de matchs à élimination directe est de toute manière toujours un enjeu. Mais surtout, le Bayern a tracé le chemin. Avec un bloc médian, organisé autour d’une ligne de milieu renforcée avec 5 joueurs, les hommes d’Heynckes ont mis en lumière les gros soucis parisiens pour déséquilibrer à travers la possession de balle, défauts également observés face à l’OM ou l’OL, et même lors de matchs de L1 finalement gagnés largement, mais davantage en raison de l’énorme écart de talent individuel.

Mais le Real peut aussi faire le choix inverse, celui d’aller presser haut pour couper le lien entre les relanceurs parisiens (Verratti, principalement) et le trio offensif, avec cependant le risque d’être contré, ce qui était arrivé au Bayern d’Ancelotti. La même problématique se pose pour le PSG. Concrètement, les identités de jeu de ces deux équipes sont très mouvantes, aucune d’entre elles ne s’appuie sur une philosophie non-négociable, et la multiplicité des options que pourraient prendre les deux entraîneurs, au coup d’envoi et en cours de match, rend cette éliminatoire totalement indécise et imprévisible.

Midou Foot : On a vu une mauvaise interprétation de la largeur côté parisien. Le trio d’attaquants ne s’adapte pas en phase de repli pour compléter la ligne du milieu. Comment régler ce problème connaissant la facilité des milieux madrilène à trouver leurs latéraux par des changements d’aile ?

La gestion de la largeur est un problème défensif persistant côté parisien, comme l’ont montré de nombreuses équipes, le Bayern en tête, et plus récemment Nantes, qui était parvenu à déséquilibrer Paris sur son côté gauche, l’activité du duo Dubois-Lima contraignant Emery à faire rentrer Meunier pour assister Alves et tenir le score. J’y vois plusieurs raisons :

  • La forme du pressing haut, avec l’ailier côté ballon montant en 1ère ligne seconder Cavani et laissant le latéral libre dans son dos https://vimeo.com/248800799
  • La forme du bloc médian, qu’il soit en 4-5-1 ou en 4-4-2, avec un manque de discipline global : des ailiers qui ne reviennent pas toujours, et des milieux facilement aspirés vers l’avant, hors de leur zone
  • Le niveau individuel des deux latéraux, ainsi que les limites physiques des relayeurs pour couvrir quand les ailiers ne le font pas

Le Real étant, parmi les favoris à la LDC, l’équipe qui s’appuie le plus sur ses latéraux, faisant des centres son arme offensive principale, les décisions d’Emery pour gérer la largeur seront décisives. Dans la lignée de Munich, on peut s’attendre à un bloc en 4-4-2, avec Mbappé sacrifié à droite, Rabiot couvrant à gauche, et Neymar déchargé, en 1ère ligne avec Cavani. Il faudra toutefois beaucoup plus d’application et de rigueur qu’à l’Allianz Arena pour que le plan fonctionne.

Midou Foot : L’esprit Juanito, une saison décevante de la part de Zidane et ses joueurs qui ne joue plus que la LdC, les difficultés de Paris loin de chez lui, y a-t-il un vrai danger pour le PSG lors du match aller ou la qualification se jouera-t-elle au Parc des Princes ?

Encore une fois, au vu des problématiques actuelles des deux équipes ainsi que de leurs antécédents, il serait hasardeux de se lancer dans des pronostics. Tout est envisageable, y compris que l’une des deux équipes prenne une option quasi-définitive dès l’aller. Si le Real prenait l’avantage tôt dans le match, comment le PSG réagirait-il mentalement ? Si c’était le PSG qui marquait rapidement, comment le Real s’adapterait à l’obligation de faire le jeu tout en gérant les contres adverses ? Autant de questions théoriques auxquelles personne n’a la réponse, même s’il y a fort à parier que les deux entraîneurs préparent une éliminatoire longue, encore ouverte dans les derniers instants du retour au Parc.

Midou Foot : Tactiquement, Emery pourrait-il innover dans sa composition d’équipe (Di Maria, Kurzawa sur le banc), dans l’animation, le pressing ou son organisation en phase de repli ? Qu’est-ce qui pourrait s’avérer bénéfique comme nouveauté vis-à-vis de l’adversaire ?

Les choix de joueurs d’Emery dépendront sans doute de ses choix stratégiques, en particulièrement pour le 3ème poste au milieu de terrain. Si l’entraîneur parisien anticipe un Real mettant une forte pression d’entrée et prenant le jeu à son compte, la logique appellerait une titularisation de Lassana Diarra, et si à l’inverse, Emery s’attend à avoir davantage le ballon, l’option Lo Celso prendrait corps. Aujourd’hui, l’idée d’un Di Maria au cœur du jeu, testée à une seule reprise au PSG, face à Monaco en mars 2016, est quasiment exclue. Reste l’interrogation Motta, option n°1 à ce poste dans l’esprit d’Unai Emery, mais qui n’a plus débuté un match depuis le déplacement au Vélodrome fin octobre. A gauche, Yuri Berchiche semble prendre l’ascendant sur Kurzawa, d’autant que ce dernier est diminué par une contracture à la cuisse.

Toutefois, parmi toutes ces options (Motta/Lass/Lo Celso en 6, Yuri ou Kurzawa à gauche), aucune n’apparaît comme idéale, certaines s’étant même révélées comme étant des échecs quand le niveau montait, et le salut passera nécessairement par le collectif : une équipe compacte, équilibrée, qui n’expose pas outre-mesure son n°6 et ses latéraux. Quant à savoir l’attitude qu’adoptera le PSG à la perte, un pressing haut ou un repli plus discipliné, très difficile là encore de l’anticiper. Les relanceurs madrilènes sont sans doute les meilleurs au monde et il est rare de les voir paniquer sous pression, mais le PSG a fait du contre-pressing sa principale arme (avec les contres) pour marquer un but. Comme pour Zidane, toutes les options sont ouvertes pour Emery.

Midou Foot : Quelles faiblesses du PSG Zidane serait-il bien inspiré d’exploiter ?

Le PSG est loin d’être l’équipe quasi-infaillible que suggèrent ses excellents résultats. En réalité, les lacunes sont assez nombreuses, et persistantes quel que soit l’adversaire. Sans ballon, le PSG est une équipe à l’équilibre très précaire, qu’il est possible de déborder : en changeant vite le jeu pour créer des supériorités numériques sur les côtés ; en trouvant des espaces dans le dos des milieux, notamment du n°6, qui sort souvent assez haut au pressing sans que sa défense ne remonte ; voire carrément en portant la balle sur plusieurs mètres en profitant du déficit physique qu’accusent les milieux parisiens. Le lyonnais Tanguy N’Dombélé avait ainsi crevé l’écran à l’aller comme au retour, de même que le monégasque Tiémoué Bakayoko l’an dernier. Un Mateo Kovacic, carte surprise de Zidane à plusieurs reprises lors des Clasicos, pourrait très bien reprendre ce rôle. Les statistiques sont là pour confirmer les difficultés défensives du PSG, qui a encaissé 21 buts sur ses 20 derniers matchs. Chaque équipe, même modeste, même dominée, parvient à trouver des décalages. La gestion des coups de pied arrêtés contribue aussi à cette fragilité défensive. En cause, une certaine confusion, qu’elle vienne d’une ligne de défense très avancée sur les coups-francs éloignés ou d’un manque de communication entre le gardien et ses défenseurs.

Avec le ballon, c’est essentiellement sur attaque placée que les problèmes se concentrent. La phase de relance pâtit de l’absence de Motta et seul Verratti semble capable avec régularité de sortir proprement la balle sous pression et de trouver ses attaquants entre les lignes. Quand le ballon arrive à la médiane, tout se résume aux changements de rythme d’un Neymar souvent contraint à beaucoup décrocher et à jouer dos au but, hors des 40m adverses, l’exposant aux duels physiques et aux fautes. De fait, très peu de buts arrivent sur attaque placée : le manque d’initiative des défenseurs centraux, la tendance des relayeurs à décrocher et le positionnement excentré des ailiers rendent en effet compliquée toute progression dans l’axe, pour peu qu’en face un 6 destructeur fasse son travail. Luiz Gustavo était sorti du lot au Vélodrome, un Casemiro retrouvant son meilleur niveau pourrait en faire de même.

Midou Foot : Quelles ont été les évolutions dans le jeu de Paris suite à son recrutement estival ?

En fin de saison dernière, à l’approche du mercato estival, rares étaient les supporters plaidant pour que Di Maria et Draxler soient mis en concurrence, voire sortis du XI de départ. Les postes de gardien, de latéraux et de n°6 focalisaient en effet davantage l’attention. Mais le club a ciblé et réussi ce saut de qualité offensif en recrutant 2 des seuls attaquants au monde supérieurs à ceux qu’il avait déjà, tout en conservant ses anciens titulaires. Avec une conséquence claire, la force de frappe offensive de l’équipe a été démultipliée. Vitesse, technique, 1v1, créativité, buts… Au-delà de tout ce qu’apportent Neymar et Mbappé, peut-être que la plus grande nouveauté réside surtout dans l’émulation que ces deux arrivées ont créé : le PSG très gestionnaire de la période Blanc a presque définitivement laissé place à une équipe hyperactive, cherchant toujours à alourdir la marque, y compris sous l’impulsion de remplaçants offensifs, titulaires dans leur sélection, désireux de prouver leurs qualités et d’améliorer leurs statistiques.

Cependant, malgré les statistiques affolantes des attaquants parisiens, le débat se situe plus sur leur utilisation par Emery. Est-ce que Neymar ne devrait pas être davantage trouvé plus haut ? Est-ce que le potentiel de Mbappé n’est pas sous-utilisé par son cantonnement à un rôle très excentré ? Est-ce impossible de trouver une formule, au coup d’envoi ou en plan B, permettant d’associer Di Maria ou Draxler avec les trois attaquants ? Certains diront en tout cas qu’Emery, qui n’a jamais été réputé pour son imagination à l’heure de mettre en place des schémas offensifs, n’exploite pas au maximum le potentiel sans limite d’une ligne offensive qui est peut-être la meilleure en Europe. Enfin, en ce qui concerne Alves, au-delà de son apport dans le vestiaire qu’il est difficile d’évaluer de l’extérieur, son arrivée, celle d’un joueur capable de toucher 100 ballon par match, a permis à Verratti de trouver un joueur sur qui s’appuyer en l’absence de Motta, tout en offrant à Emery la possibilité de recourir en cours de match au double latéral qu’il affectionnait à Séville et Valence, en alignant le brésilien devant Meunier.

Midou Foot : Quel banc est le mieux préparé à faire la différence ?

Meunier, Kimpembe, Draxler, Di Maria et deux joueurs parmi Motta, Lass, Pastore et Lo Celso : voici les noms des remplaçants parisiens au Bernabeu mercredi prochain. Tous ou presque pourraient prétendre à une place de titulaire. Autant dire que les cartes dans la main d’Emery sont nombreuses et de qualité. Reste à l’entraîneur parisien de bien savoir lire le match pour déterminer quelle carte sortir et à quel moment la sortir.

Du côté du Real, sans m’aventurer trop loin pour un club que je suis moins, il semblerait que, particulièrement heureux dans son coaching la saison dernière, Zidane ait perdu le recours qu’il utilisait le plus fréquemment, à savoir l’entrée de Morata pour augmenter la présence dans la surface et reprendre les centres de James Rodriguez ou Lucas Vazquez. Cependant, les changements restent prévisibles – Isco, Lucas et Asensio étant presque systématiquement ceux appelés à sortir du banc, pendant que les autres remplaçants (les joueurs n°15, 16, 17…) jouissent d’une importance nettement moins moindre que la saison dernière. C’est donc probablement le banc parisien qui a le plus d’options pour peser dans cette éliminatoire.

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