Entretien avec Elias Baillif : décryptage du Real Madrid

Passionné de Liga et rédacteur sur Furia Liga, Elias a répondu à nos questions sur l’adversaire du Paris St-Germain. Au sujet de notre interview, le onze de départ, les forces et lacunes, Zidane et ses choix, le Real Madrid en mode LDC, l’esprit Juanito et la préparation mentale.

Midou Foot : Après avoir conquis 4 trophées et une démonstration contre le Barça en Supercoupe d’Espagne, tout le monde attendait le Real entamer un cycle de domination en Espagne surtout vu les difficultés de son rival catalan. Qu’est-ce qui explique la mauvaise saison du club ?

Elias Baillif : Il y a plusieurs facteurs : manque d’efficacité des attaquants, méformes individuelles, départs de joueurs importants. Là où les autres saison le Real s’en sortait grâce à des exploits individuels, cette saison il n’y arrive pas. Pourtant, ce serait se voiler la face que de croire que ces facteurs sont les uniques causes de cette mauvaise saison. S’il y a un bien une raison qui explique plus que toutes les autres l’état actuel des choses, c’est le jeu. J’entends par là l’idée de jeu. À quoi joue le Real ? Personne ne l’a jamais su… Même quand il gagnait, il était impossible d’identifier une idée de jeu générale. Il y a certes des automatismes, des circuits préférentiels, mais pas d’idée de jeu générale. On dit toujours que quand les choses ne vont pas bien en football, les équipes doivent se raccrocher à leur idée de jeu. C’est le plan immuable, qui permet de savoir quoi faire, quelle que soit la situation. Mais comme le Real n’en a pas, dès que ça va mal, tout le monde est perdu, à tel point que les joueurs, l’entraîneur, le club ne comprennent pas pourquoi ils perdent autant. Comprenaient-ils pourquoi ils gagnaient autant avant ? Pas sûr… On en revient à l’absence d’idée de jeu.

Midou Foot : Peut-on être double tenant en titre de la Ligue des Champions et ne pas être le favori de la confrontation ? Comment le Real Madrid abordera-t-il ce match sur le plan mental ?

Elias Baillif : Le Real se transforme chaque fois en Ligue des Champions sur le plan mental. C’est assez fascinant. On a parfois l’impression que rien ne peut leur arriver. C’est l’une des raisons pour lesquelles il a tant régné sur l’Europe. Un exemple : Cristiano Ronaldo. Il est en train de faire la pire saison de sa vie en Liga alors qu’en Ligue des Champions il a marqué à tous les matches. Le Real joue sa saison sur cette éliminatoire. Au vu de l’enjeu et l’expérience qu’il a, c’est impensable qu’il ne soit pas prêt mentalement. Néanmoins, j’aimerais mettre en lumière un détail. Cette saison, le Real a tendance à perdre son sang-froid quand il passe de longues minutes à courir après le score. Si le PSG arrive à tenir un score durant un match, attention attention…

Midou Foot : Le Real Madrid comme le PSG sont deux équipes parfaitement capables d’exceller en jeu de transition vu la vélocité de leurs attaquants. Quelle configuration pour le match à venir au Bernabeu ? Deux équipes qui prennent le moins de risque en attendant les espaces ou un scénario dominant/dominé ?

Elias Baillif : Effectivement, le Real est très bon en transitions offensives. Du coup, personne ne leur accorde des espaces à attaquer. Les rares fois où le Real cette saison a fait parler son jeu de transitions, c’est parce que les équipes en face ont fait un match catastrophique. Si le Real arrive à transiter à toute vitesse offensivement, c’est que le PSG se sera loupé quelque part. Symboliquement, le Real ne peut pas se recroqueviller derrière au Bernabéu. Ça ne passe pas auprès du public. D’ailleurs, il le fait très mal. C’est une équipe qui peine à défendre bas, en particulier dans sa surface. Le Real cherchera donc à avoir un certain contrôle. Pour le PSG, c’est la même chose. Ce n’est pas une équipe à l’aise en défense basse. Elle revendiquera elle aussi la maîtrise du ballon. Ce qu’il risque de se passer, c’est que le match sera fait de différentes phases. Comme les matches entre City et Naples en somme. Chaque équipe brillera plus ou moins dans ces phases successives. Aucune équipe ne peut garder la maîtrise du ballon durant 90 minutes.

Midou Foot : La grande interrogation demeure la présence d’Isco. Quid de la pertinence de sa titularisation par rapport à la configuration des deux équipes et du match ? Offrir plus de contrôle au milieu en sa présence ou se passer de lui pour favoriser l’explosivité en transition ?

Elias Baillif : Selon moi, c’est difficile de dire « s’il ne joue pas, le Real aura plus de facilité en transition offensives ». Le fait d’avoir des espaces à attaquer en transition offensive est indépendant de la volonté du Real. Ça dépendra de la gestion défensive du PSG. S’il joue, le Real aura davantage de contrôle au milieu et une meilleure gestion du rythme du match. Il apporte une créativité unique, ce qui est évidemment un atout de poids. C’est le seul qui est imprévisible sur chaque prise de balle. De plus, il sert de connecteur entre les différents joueurs. Cela apporte une continuité au jeu. Par contre, les transitions défensives seront plus dures à gérer. Déjà que le Real souffre de base dans ce domaine, si Isco joue, ça complique les choses. S’il ne joue pas, -et tout porte à croire que ce sera le cas-, le Real sera très stéréotypé en attaque. C’est difficile d’attaquer un bloc avec un milieu très positionnel comme Kroos, un milieu pas du tout créatif comme Casemiro, un buteur qui ne participe presque pas au jeu comme Ronaldo, et un Gareth Bale isolé sur un côté. Le point positif de cette configuration, c’est l’équilibre qu’elle apporte. Des triangles se forment sur les côtés avec l’ailier, le latéral et le milieu relayeur. Ça permet de presser à la perte, de trouver des circuits de passe faciles et d’avoir surtout une transition défensive plus contrôlée. Quand on sait que malgré ses mauvais matches, Bale est une menace constante, et que dans ce genre de rencontres, il faut éviter d’encaisser des buts à tout prix, l’absence d’Isco est compréhensible. Elle n’en reste pas moins injuste. Si le Real était une équipe mieux travaillée, il n’y aurait pratiquement pas de désavantages à l’aligner. L’Espagne joue bien avec Isco, Silva, Tiago, Iniesta et cie non ? Mais dans ce Real, l’environnement actuel fait que se priver de toutes ses qualités, ça peut aider l’équipe sur le plan collectif. C’est fou !

Midou Foot : Le mental parisien a souvent flanché en Ligue des Champions. Tout le monde se souvient de la Remontada. Est-ce que l’esprit Juanito aura un rôle déterminant dans le match ? Ou le Real Madrid est-il trop atteint pour remonter une situation délicate si d’aventure elle arrivait ?

Elias Baillif : Le Real a fait des remontadas et de Juanito un emblème. Les joueurs, le club, les supporteurs répètent tout le temps qu’il faut y croire jusqu’à la fin. Ça sert un peu de prétexte pour ne pas parler des problèmes actuels parfois. Les journalistes pointent du doigt ce qui ne va pas, et on leur répond que ce n’est pas fini, qu’il ne faut pas baisser les bras. Toujours est-il que ça c’est en théorie. En pratique, on sait que le PSG, dès qu’il met un but, il se fait un malin plaisir à enchaîner derrière. C’est possible de remonter au score en étant fort mentalement. Encore faut-il produire un minimum de jeu. Il y a des exemples incroyables de remontadas du Real au cours de son histoire, et d’autres exemples où ça n’a pas du tout été possible. Ce qui est sûr, c’est que le Real va y croire quoi qu’il arrive.

Midou Foot : Tactiquement, Zidane pourrait-il innover dans sa composition d’équipe (Kovacic, Asensio), dans l’animation, le pressing ou son organisation en phase de repli ? Qu’est-ce qui pourrait s’avérer bénéfique comme nouveauté vis-à-vis de l’adversaire ?

Elias Baillif : Ça m’étonnerait qu’on voie de la nouveauté. Si même face aux « petites » équipes il n’a pas innové, je ne vois pas comment il le ferait contre le PSG. Le pressing du Real, son repli, son animation actuels, ne datent pas d’hier. Ça fait un moment qu’on les voit sous cette forme. 2-3 saisons. Ça sera similaire contre le PSG. Si Zidane avait voulu innover, il l’aurait tenté plutôt dans la saison. Llorente ou Kovacic à la place de Casemiro, Asensio à droite et Bale à gauche, Ronaldo seul en pointe. Or, il ne l’a pas fait. À Madrid, on parle beaucoup des onze de Cardiff et de Milan. Le Real a gagné la LDC avec ces onze. Ce sont devenu des onzes se référence, qui ont très très peu changé depuis.

Midou Foot : Quelle formule a été utilisée par les adversaires victorieux du Real Madrid et pertinent pour Unai Emery ?

Elias Baillif : Il faut savoir un peu tout faire pour battre le Real. Si une équipe passe 90 minutes à défendre, elle s’épuise. Si on prend le Betis, Villarreal ou dans une moindre mesure Leganés, elles ont battu le Real en faisant un peu de tout. Se replier et défendre sa surface contre les innombrables centres. Essayer de ressortir proprement quelques fois, faire remonter l’équipe, et garder le ballon pour souffler. Varier la hauteur du pressing. Ça, ça peut aider à tenir le score. Pour marquer, ces équipes ont utilisé leur transition offensive. La plus grande faiblesse du Real c’est sa transition défensive, je le répète. À titre de résumé, il faut proposer un défi interprétatif au Real. Le forcer à trouver des solutions par lui-même. Ça, il a de la peine à le faire. Il centre à outrance, perd patience, se découvre, défend à trois joueurs seulement, etc.

Midou Foot : En principe, Kylian Mbappé sera titulaire. Sa confrontation avec Marcelo ne sera-t-elle pas l’un des facteurs déterminants du match vu leur importance offensive dans le jeu de leur équipe ?

Elias Baillif : Complètement ! Je suis toujours réticent à l’heure de personnifier un match sur un duel entre deux joueurs. Mais en l’occurence, un latéral qui se découvre beaucoup pour attaquer, et qui en plus défend de manière assez aléatoire contre une fusée sur pattes, comment ne pourrait-ce pas être déterminant ? D’une manière générale, ce côté gauche du Real est vulnérable. Ronaldo ne défend pas, Marcelo se découvre beaucoup. Ce qu’il se passe, c’est que Casemiro et Ramos essaient d’anticiper et viennent corriger les erreurs sur ce côté. Si Casemiro se déplace à gauche, il laisse un espace en plein axe, ce qui pose un nouveau problème. Depuis que le Real joue en 4-3-3, il est plus exposé sur ce côté. Imaginez si Verrati et Cavani décident de se projeter dans les zones désertées par Casemiro et Ramos !

Midou Foot : L’équipe la plus titrée en Ligue des Champions face au nouveau qui veut régner. Passation de pouvoir ou nouvel échec parisien à l’issue de la double-confrontation ?

Elias Baillif : On aime bien présenter ce match comme ça. Le roi contre le futur roi. Il ne faut pas oublier que si le PSG passe, il ne sera qu’en quarts de finale. Rien de révolutionnaire pour le moment. Je ne saurais dire qui va passer car 1) on ne peut pas savoir ce qui va se passer exactement 2) les deux équipes se ressemblent beaucoup. C’est très dur d’imaginer les domaines où l’une réussira, et où l’autre échouera.

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